Mon engagement dans la mode éthique a commencé avec mon engagement féministe: 80% des travailleurs dans l’industrie textile sont des femmes entre 18 et 35 ans. Des femmes pour la plupart maltraitées et sous-payées. Pause toilette chronométrée, salles non climatisée et même non ventilée, salaire misérable, obligée de dormir dans des dortoirs pour ne pas s’éloigner du lieu de travail, violences physiques. J’en passe. Impossible pour moi de me dire féministe tout en continuant d’acheter des vêtements faits par des femmes meurtries. 

 

Mon engagement pour l’environnement aussi.La mode est la deuxième industrie polluante au monde. Je ne vais pas citer tous les chiffres qui font tous plus peur les uns que les autres mais citons peut être celui-ci : 1,8 milliards de tonnes de gaz à effet de serre sont rejetées chaque année à cause de l’industrie textile. C’est plus que le transport maritime et aérien ensemble.
Notre consommation de vêtements répond aujourd’hui à un cycle linéaire. On les fabrique, on les achète et on les porte puis on les jette. Toutes ces étapes polluent. La fabrication majoritairement à base de matières pétrochimiques, le lavage de ces vêtements pétrochimiques qui rejette des particules polluantes dans l’eau et enfin le non-recyclage de nos vêtements.
Aujourd’hui la mode éthique propose un  cycle circulaire. On fabrique, on achète et on porte, on recycle et on réutilise. 

Et enfin, mon incompréhension face à une consommation toujours croissante. 

La production textile a nettement augmenté au cours des 20 à 30 dernières années. Sur l’échelle du temps ce n’est rien. Cette manière de consommer en fast retailing n’est pas ancrée en nous. Pour les millenials, la fast fashion a toujours existé. Mais pas pour nos parents. Nous achetons aujourd’hui 400% plus de vêtements qu’il y a 20 ans. Les industriels, acteurs privés non régulés, sont toujours partants pour suivre notre demande toujours plus grandissante. En 2010, 50 milliards de vêtements ont été produits. En 2018, 140 milliards. 

Vous ouvrez le placard de votre mère et vous voyez du Kookai Made in France en Viscose. Vous ouvrez le votre et vous voyez du Bershka fait au Bangladesh en polyester.

Une génération entre vous et votre mère et pourtant un dégât considérable. 

Nos parents avaient des vêtements de bien meilleure qualité et nous, nous devrions avoir du plastique sur la peau ? 

Mais pourquoi consommons nous tant ?

  • Parce que c’est moins cher. Aujourd’hui on peut avoir une robe à 10 euros, t-shirt à 5euros, un débardeur à 2euros. Même un manteau pour seulement 30 euros. La  matière ne coute rien, la main d’oeuvre ne coute rien, le transport ne coute rien. 

  • Parce qu’on estime qu’on a le droit d’être tout le temps à la pointe de la mode, on estime qu’on doit « refaire » sa garde robe toutes les saisons. Le toujours plus. 
     

Faire du shopping permet de calmer les nerfs. Après une dure journée, combien de personnes ont envie d’aller faire les magasins et de s’acheter une robe pour se remonter le moral ? Stress - décompression. 

Faire du shopping répond aussi au système de récompense. Un travail méritant - une récompense. 

Toute la psychologie de l’achat est à revoir et nous devrions pouvoir nous calmer et nous récompenser autrement car la mode est avant tout un art et un moyen de s'exprimer et non le résultat de notre frustration consumériste. 

Depuis Instagram, la consommation de vêtements ne cesse d’augmenter. Le phénomène du « Instagram le et jète le » est à son beau fixe. 

Pour moi, une nouvelle manière de faire du shopping doit se répandre : 
Ne me reconnaissant pas dans toutes les pratiques consuméristes, j’ai découvert une nouvelle manière de faire du shopping. Cela commence par acheter moins. Je n’ai jamais été une acheteuse compulsive car j’ai toujours eu un tout petit budget.

Mais j’ai essayé de réduire d’avantage encore. Aujourd'hui je continue d'acheter parfois en fat-fashion, c'est rare mais, je ne mentirai pas, je continue de le faire à raison d'une pièce tous les deux mois environ. 
Ensuite, acheter en fripes.
Enfin, se tourner vers des marques éco-responsables. 

Quand je suis stressée ou mal dans ma peau et que je ressens le besoin d’acheter, je fais un tour sur les sites internet de marques éthiques. Je fais du « lèche page internet ». Le simple fait de scroller me détend. 

Si j’ai envie d’acheter quelque chose, je vais me lancer dans une réelle quête du produit parfait pour moi. Je passe en revue les marques que je connais, l’esthétique du produit, son prix, son pays de fabrication, sa matière. Je ralentis mon acte d’achat et peux mettre plusieurs semaines avant de trouver et d’acheter le produit. Voilà du slow-consumerism. Une manière de consommer plus lente et plus réfléchie. Au final, c’est une autre manière de faire du shopping et qui pour moi répond à mes convictions, à mes envies et mé détend tout autant.